Une année en REP+ : introduction

Publié le par Loumánková

Cette année, jeune professeure nouvellement titulaire en Histoire-Géographie, j’ai été mutée dans l’académie de Créteil, dans un collège classé REP+. Autrement dit, j’allais me retrouver dans un des établissements les plus difficiles de France. Mais concrètement, je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre… jusqu’à ma rencontre avec la principale de l’établissement une semaine avant la rentrée.

« Je ne vais pas vous mentir. Les élèves que nous avons ici sont très difficiles. Vraiment très difficiles…
Rassurez-vous, ils ne sont pas violents. Ils n’ont encore jamais levé la main sur un prof et personne ne vient travailler ici en ayant la boule au ventre. Mais chaque soir, quand vous rentrerez chez vous, vous serez pressée comme un citron.

Les élèves que nous avons ici sont d’une pauvreté extrême. Le quart-monde, que vous enseignez en géographie, vous allez y être confrontée au quotidien. Ils ne vont jamais chez le médecin, jamais chez le dentiste. Ils ne se soignent pas. Certains ne se lavent jamais, sont sales. D’autres ont la gale entre les doigts. Vous devrez supporter certaines odeurs en classe. Et vous aurez droit à tout, notamment aux poux. Un jour, une élève obèse m’a confié ne manger que de la semoule, du riz ou des pâtes. Bref, des choses qui « tiennent au corps ». Les haricots verts ? Même pas en rêve ! Et en dessert, un yaourt peut-être ? Rarement car « le yaourt, c’est un produit de luxe ». Je vous laisse imaginer les carences de certains enfants…

Ils vous demanderont beaucoup d’attention, ils voudront votre affection et même si ce n’est pas votre rôle ils viendront se confier à vous. Ce sera difficile à entendre, difficile à vivre car certaines de leurs histoires sont horribles. Surtout, ne gardez pas cela pour vous. Venez nous en parler. Nous sommes là pour vous soutenir.

Ces enfants sont attachants, vous verrez. Mais ils n’auront jamais leurs affaires, ils ne feront jamais leurs devoirs et n’apprendront jamais leur leçon. Ils n’ont aucune curiosité. Ils n’ont pas envie de découvrir le monde. Votre rôle sera d'éveiller chez eux cette étincelle dans leurs yeux. Mais chaque jour, vous devrez recommencer à zéro. »

Avant de me libérer, elle me demanda finalement : « Et vous, vous voyez ça plutôt comme un challenge ou pensez-vous pleurer en boule tous les soirs dans votre lit ? »

A suivre…

Source : http://www.ecoleaupluriel.be/

Source : http://www.ecoleaupluriel.be/

Commenter cet article