Une année en REP+ : état des lieux

Publié le par Loumánková

Aujourd'hui, j'ai découvert à quoi ressemble mon collège... avec des collégiens.

A mon arrivée devant la grille, je passe avant toute chose par la désormais incontournable fouille du sac : alerte attentat oblige. R.A.S.

D'un coup s'ouvre à moi le chaos ambiant de l'établissement. La conseillère principale d'éducation remet sévèrement en place un élève turbulent, les pions sillonnent les couloirs pour récupérer des élèves déjà exclus de cours, des assistants pédagogiques ouvrent le dialogue avec des collégiens venus sans leurs affaires.

Je me dirige vers l'administration. Là, tout le monde court, tout le monde m'ignore. C'est la panique à bord. L'adjoint appelle des parents dont les enfants n'ont rien à faire dans ce collège, avec devant lui des pré-ados en survêt', la dégaine mal assurée et des coupes de footeux. La principale s'énerve contre son personnel, les secrétaires cherchent vainement des solutions. Adossés au mur, quelques élèves paumés attendent qu'on leur dise où aller.

Après 20 minutes d'attente et 30 secondes dans le bureau de l'adjoint, je ressors enfin des méandres de cette administration. J'ai gagné une salle en moins parmi les sept que comptait mon emploi du temps. Toujours ça de pris !

Direction salle des profs : dans le couloir, des professeurs principaux accompagnent leur classe et tentent en vain d'obtenir le silence. Vite, quittons ce brouhaha !

Enfin la paix ! Enfin du réconfort et du café ! Bienvenue dans l'espace détente des profs ! On respire... Je passe le restant de la matinée à écouter les conseils des "anciens" pour savoir comment faire face aux élèves, comment les punir, comment les gérer, comment réussir à faire plus ou moins cours en une heure...

"Surtout, fais bien attention quand tu fais l'appel. C'est une lourde responsabilité. On a déjà eu un élève qui a tabassé un homme déficient mental en pleine rue, qui a été reconnu grâce aux vidéos de surveillance mais qu'on n'a pas pu poursuivre en justice car son professeur ne l'avait pas marqué absent pendant son cours. Officiellement il était donc au collège et était devenu intouchable."

Sur le chemin du retour, j'ai repensé aux célèbres vers de Baudelaire :

"Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté."

Dans mon collège REP+, je venais d'en découvrir l'exact opposé.

Photographie de Robert Doisneau

Photographie de Robert Doisneau

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