Une année en REP+ : silence !

Publié le par Loumánková

Voilà une semaine que je ne dors pratiquement plus. Je sombre vers minuit ou une heure du matin. Lorsque je ne somnole pas, je fais de violents cauchemars. Puis, vers cinq ou six heures, je me mets à tourner en rond dans le lit, incapable de trouver une position pour soulager mon dos chaque nuit plus douloureux.

Impossible de récupérer. Impossible de trouver le moindre moment de repos.

En rentrant du collège les oreilles trop pleines de hurlements, le calme continue de me faire défaut : basses dans l'appartement du dessus, musique de boîte de nuit dans celui d'en face, mégère hurlant sur son fils à longueur de journée à quelques mètres. En ouvrant la fenêtre, ce sont les quads qui font des allers-retours dans la rue et le vrombissement des avions de Roissy qui me heurtent.

Du silence. Il me faut du silence !

Le manque de sommeil n'améliorant pas ma tolérance au bruit, j'ai passé mon dimanche à alterner entre une colère profonde et violente et des pleurs incontrôlables de désespoir. 

Ce matin, après une nuit bien trop courte, j'ai finalement accepté d'aller chez le médecin.

Il n'a pas été si facile de m'y résoudre. Après tout, je ne suis pas malade. Je ne suis pas clouée au lit. Va-t-il m'arrêter pour un simple manque de sommeil ? Peut-être que j'exagère, que je suis faible. Peut-être suis-je le cliché du fonctionnaire qui profite du système. Et puis on nous reproche tellement d'être absents, à nous les profs. Et je n'ai pas envie de laisser dans l'embarras toutes ces personnes qui comptent sur ma présence. En plus, j'ai un chapitre à terminer cette semaine et des conseils de classe auxquels assister.

Mais finalement, poussée par mes proches et tenant encore tout juste debout, je me suis rendue chez mon docteur. Je suis arrivée bien avant l'ouverture mais trois personnes attendaient déjà devant sa porte. Après tout, nous sommes en plein désert médical ici.

Dans la salle d'attente, le bruit me met à cran, une fois de plus : la goutte irrégulière tombant dans les toilettes attenantes, la balayeuse municipale nettoyant le parking, le reniflement du malade à ma droite, la tondeuse du jardin pour enfants à deux pas. L'attente me paraît interminable. 

Alors une fois assise face au médecin, je fonds en larmes et parviens tout juste à articuler "je suis épuisée".

Je ressors une demi-heure plus tard : j'ai une radiculalgie naissante et un arrêt de travail pour la semaine. Il voulait m'arrêter jusqu'à la fin de l'année mais culpabilité et consciente professionnelle ont repris le dessus.

Qu'il est dur de lâcher prise !

Photographie de Robert Doisneau

Photographie de Robert Doisneau

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