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Une année en REP+ : rendez-vous

Publié le par Loumánková

Vendredi soir, je suis restée au collège afin d'accueillir le parent d'un élève perturbateur. Sa prof principale m'avait proposé de m'accompagner le long de l'entretien et j'en étais rassurée car je ne savais pas vraiment de quelle manière j'allais devoir m'y prendre.

Je m'attendais à recevoir la maman mais c'est le père qui est venu. En l'apercevant à l'accueil, je me suis d'un coup sentie toute petite. J'étais impressionnée par cet homme d'un âge avancé, droit et imposant, vêtu d'une tenue traditionnelle malienne d'une grande élégance. Son regard profond me donnait la sensation de m'adresser à un sage.

J'ai rapidement compris qu'il ne parlait presque pas français et que l'entretien allait être délicat. Il ne s'exprimait que très peu mais je ressentais toute la déception d'un père pour son fils. Il était choqué et blessé. Je ne m'en sentais que plus mal.

Heureusement, le grand frère a fini par nous rejoindre. "Grand" est bien le terme car c'est un homme d'une trentaine d'année, devant se baisser pour passer le seuil de la salle de classe, qui nous est apparu. Pendant que je lui résumais la situation, ma collègue était partie chercher le principal concerné.

A leur retour, le grand frère était déjà bien remonté : "non mais tu te prends pour qui toi ! D'où tu parles comme ça à tes professeurs ! On dit "bonjour Madame", pas un p'tit "bjour" là ! On va t'apprendre la vie à toi !"

L'élève, si sûr de lui, si arrogant et faiseur de loi au collège, était d'un coup redevenu un enfant recroquevillé sur lui-même et pleurant à chaudes larmes. Sans un mot, le père avait brandi sa main telle une menace face à son fils. Son regard en disait suffisamment pour qu'on comprenne qu'une fois à la maison, ça ne rigolerait pas.

J'étais bien contente que ma collègue soit là car je me sentais de plus en plus mal. J'étais bouleversée et ma boule au ventre s'alourdissait.

Une fois l'entretien terminé, la prof me serra dans ses bras. "Allez, courage ! Maintenant c'est le week-end alors coupe de tout cet univers. Protège-toi et pense à autre chose."

Photographie de Robert Doisneau

Photographie de Robert Doisneau

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Une année en REP+ : beaux discours

Publié le par Loumánková

L'an dernier, les inspecteurs et formateurs de l'ESPE (école supérieure du professorat et de l'enseignement) n'avaient cessé de nous répéter que si nous allions nous retrouver en REP ou REP+, pas de panique ! Dans ces établissements, l'entraide est au rendez-vous, il y a toujours de superbes ambiances, tout le monde se serre les coudes... Bref, tout va bien dans le meilleur des mondes si ce n'est que les élèves sont difficiles. Et n'oublions pas qu'une bonne gestion de classe passe par un cours bien monté ! Ce n'est pas la faute des élèves si ça nous explose à la figure.

Depuis la rentrée, autant dire que tous ces beaux discours me paraissent bien utopiques.

Voilà quelques temps maintenant que dès que je m'aventure en salle des professeurs - ce qui est rare à cause de mes changements de salles constants me laissant peu de temps de repos - j'ai le droit à une remarque : "Tiens, t'es la prof fantôme toi, on te voit jamais !" / "Tu bosses jamais toi en fait" / "Ah tu travailles de temps en temps ?" / "T'es sur plusieurs établissements ? C'est pour ça qu'on ne te voit jamais ?"

Que des phrases bienveillantes qui font chaud au cœur.

Les établissements REP+ bénéficient de beaucoup de moyens supplémentaires afin de résoudre les difficultés bien présentes et de réduire les inégalités. Mais je ne vois pas vraiment la couleur de ces moyens en question.

Photographie de Robert Doisneau

Photographie de Robert Doisneau

Prenons un seul exemple : lorsque je mets un élève en retenue, cela doit se faire obligatoirement sur une de mes heures de cours et non en permanence. Concrètement, lorsqu'un élève devient difficile à gérer au point d'être collé, je me le récupère dans une autre de mes classes pendant une heure.

Je me retrouve face à un couac. Aucun créneau ne correspond entre une de mes classes de 5e et mon emploi du temps. Impossible trouver un horaire pour coller un élève. Je vais de ce pas demander conseil à leur prof principal. "Ah ben tu n'as qu'à rester une heure de plus le soir pour surveiller tes collés. Gracieusement."

Mais surtout, il me tient à cœur de relater un autre épisode de ce charmant collège. Après le cours particulièrement difficile de vendredi dernier (Une année en REP+ : hurlements) après les deux rapports disciplinaires, après m'être fait traiter de raciste droit dans les yeux, je suis aller signaler le tout au principal adjoint ainsi qu'aux CPE. J'ai demandé de l'aide, comme on nous l'a tellement conseillé. J'ai demandé à ce que quelqu'un vienne me seconder dans cette classe, un assistant d'éducation par exemple.

"Bien, ce sera fait au moins pour les deux prochaines heures."

Hier, déjà bien stressée à l'idée de me retrouver à nouveau face à cette classe, j'ai attendu en vain la personne sensée m'aider. Je me suis retrouvée seule face à une classe remontée contre moi car j'avais osé en parler au principal adjoint et aux CPE. Face à une classe qui trouve dommage que je ne parte pas déjà du collège.

Personne n'est venu. Personne.

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Une année en REP+ : hurlements

Publié le par Loumánková

Hier, après deux heures de cours se déroulant dans une normalité de REP+, j'ai cherché une de mes classes dans la cour. Une classe que je redoute car je sais qu'avec eux, ce n'est jamais facile.

Hier, rien qu'à l'extérieur, j'ai déjà dû en séparer plusieurs qui s'amusaient à se taper dessus et à s'étrangler, en réprimer d'autres qui sautaient dans tous les sens en hurlant.

Le vendredi, impossible de les calmer avant de les faire entrer en classe : la salle en question ne le permet pas car en laissant les élèves devant la porte, on bouche le passage et on crée encore plus de chahut.

Hier, j'ai donc fait entrer dans la salle des élèves surexcités, hurlant, courant, se tapant malgré mes interventions. J'ai mis un quart d'heure à réussir à me faire entendre tant le volume sonore était élevé. Un quart d'heure avant de pouvoir les remettre sévèrement en place et leur demander de s'asseoir dans le calme, faisant peser la menace d'une évaluation imminente.

Hier, ayant mis en place un système par équipes de valorisation de la prise de parole et de sanction pour bavardages dans cette classe particulièrement difficile, j'ai eu droit à des hurlements généralisés dès que l'idée me prenait de sanctionner une équipe. Il faut savoir que ce n'est jamais de leur faute. Ils ne font jamais rien.

Pendant l'heure, j'ai aussi eu droit à une élève à l'air arrogant me sortant plusieurs "j'men fous" lorsque je passais la voir lui demandant de se mettre au travail ou d'arrêter de hurler en classe malgré la menace d'un rapport disciplinaire pour manque de respect.

Enfin, hier, j'ai dû exclure un élève. Un élève qui ne s'était pas montré à sa première heure de colle car "il n'avait rien fait" et ne voyait pas pourquoi il devait se pointer. Un élève que j'ai repris plusieurs fois pendant l'heure pour qu'il cesse de bavarder et de se retourner. Un élève qui a fini par me lancer, droit dans les yeux : "c'est du racisme !"

Hier, j'ai fini par fondre en larmes dans les bras de mon époux. Mais il a fallu que je les sèche, que je me reprenne, car deux classes m'attendaient encore avant le week-end.

Photographie de Robert Doisneau

Photographie de Robert Doisneau

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Une année en REP+ : sonnette d'alarme

Publié le par Loumánková

Cette semaine, nous avons reçu un appel à l'aide d'un collègue tirant la sonnette d'alarme quant à nos conditions de travail depuis la rentrée. J'ai voulu le retranscrire en partie ici car il est révélateur du mal-être généralisé du personnel dans ce collège :

"Bonjour à tous et toutes,

Je constate très douloureusement que ce début d'année est particulièrement corsé et difficile. Les couloirs sont le théâtre d'un n'importe quoi et d'une agitation quasi perpétuelle dans les interclasses. Je ne parle pas des premiers rendus écrits (1/4 sont des copies blanches). 

Je tenais à faire part d'un ressenti à tout le personnel du collège pour savoir si j'étais le seul à vivre si difficilement cette rentrée ou si d'autres collègues vivaient les choses aussi mal que moi. Il est peut être temps déjà de se réunir pour en parler pour ceux et celles qui le souhaitent.

Beaucoup de nos élèves sont très faibles, malpolis ou fainéants quand ce n'est pas les trois à la fois... et de plus en plus... C'est  un constat juste et lucide. Alors, qu'allons nous faire si dès septembre nous subissons autant d'élèves qui n'ont pas leur place ici et qui ne vont qu'être encore plus insupportables au fil de l'année... des élèves de 3ème1 ou 3ème3 ou 5ème3 ou... la liste est interminable !

Cette discussion est ouverte....

Passez sinon une bonne journée ou du moins, passez déjà la journée."

Tout le monde a répondu en allant dans son sens. Il a été prévu qu'on se réunisse mais avec toujours cette même question qui nous hante : "quelles solutions proposer ou attendre ?"

Photographie de Robert Doisneau

Photographie de Robert Doisneau

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Refuge et consolation

Publié le par Loumánková

C'est après avoir passé un week-end à fondre en larmes à la moindre contrariété que mes proches m'ont incitée à me recentrer sur moi-même, à penser à moi, à me faire du bien et tenter d'oublier mes élèves quand je suis chez moi. En bref, à préserver mon petit nid douillet qui commençait à s'effriter.

C'est ainsi qu'après une journée particulièrement difficile, mes yeux se sont posés sur ma belle guitare en épicéa qui, trônant sur pied dans le bureau, n'attendait que de se faire cajoler. Avec soin je la nettoyai. Avec tendresse je la posai sur mes cuisses. Avec passion mes doigts touchèrent les cordes. Leurs vibrations si douces et apaisantes se propagèrent alors dans mon corps et je sentis peu à peu mon ventre se dénouer. Le monde de la musique s'ouvrait à nouveau à moi et je m'y promenais avec délectation.

"Les trois muses" de Eustache Le Sueur (1652-1655)

"Les trois muses" de Eustache Le Sueur (1652-1655)

Mais c'est aussi grâce à ma mère que j'ai réussi à ressaisir la confiance que j'avais en moi et à calmer mon stress et mon énervement. J'étais dans un tel état de tensions, seulement 3 semaines après la rentrée, qu'il ne m'a pas été facile d'accepter la main qu'elle me tendait.

Cette main s'appelle musicothérapie. Elle m'avait déjà été d'un grand secours deux ans auparavant. Elle sera désormais mon refuge.

Avec une bande sonore montée sur mesure avec tout l'amour maternel nécessaire, je me suis finalement laissée aller à la relaxation. Je me suis sentie m'enfoncer dans le matelas, m'enraciner dans le sol. J'ai senti mon esprit partir, mon corps s'engourdir. Il n'y avait plus que moi, dans ma bulle. Une bulle de bonheur et d'apaisement. Je n'étais plus allongée dans la chambre mais j'étais en train de courir sur l'herbe fraîche et verte du printemps, à rejoindre un ruisseau de montagne et à admirer le soleil se couchant à l'horizon...

Petit à petit la musique me ramena au temps présent. Les murs de la chambre reprenaient forme et mon esprit réintégrait mon corps. A l'aide de respirations profondes et de mouvements amples et lents, je naissais à nouveau.

Je me sentais prête à affronter mes élèves.

“La musique donne une âme à nos coeurs et des ailes à la pensée.”

Platon

Publié dans Musique

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