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Une année en REP+ : injustice et justification

Publié le par Loumánková

Ce qui est le plus usant avec nos élèves, c'est de devoir systématiquement se justifier et d'être en permanence taxé d'injustice.

Autant, il est vrai qu'en tant que professeur il nous arrive de mal réagir, de punir trop sévèrement l'un et pas assez un autre malgré nos efforts d'impartialité ; autant, cette année, à chaque sanction, à chaque remarque, on se prend des protestations en pleine figure.

"Y'a pas que moi qui parle", "c'est injuste", "ça s'fait pas", "c'est toujours sur moi que ça tombe", "j'ai rien fait", "vous abusez", etc. sont notre lot quotidien lorsqu'ils ne vont pas jusqu'à nous accuser de racisme (y compris envers des professeurs de la même origine qu'eux !).

D'après eux, nous, professeurs, sommes les seuls et uniques responsables de leurs sanctions. Combien de fois ai-je entendu "c'est de votre faute" à la suite d'un rapport ? C'est simple : ils ne se remettent JAMAIS en question. Ils ne font JAMAIS rien (même pris sur le fait !). En revanche, ils sont victimes de tout. Nous sommes de méchants adultes travaillant pour l'Etat, contre eux, contre leur intérêt (qui est de pouvoir parler en classe comme dans leur salon).

Il est absolument intolérable pour la majorité de nos élèves qu'ils n'aient pas les mêmes droits que leurs professeurs. Ils trouvent scandaleux de ne pas pouvoir nous mettre de rapports disciplinaires ni d'heures de colle ou de ne pas pouvoir nous exclure. Ils se considèrent égaux vis-à-vis de nous et nous manquent ainsi entièrement de respect puisqu'ils ne parviennent pas à se respecter entre eux.

Enfin, j'ai remarqué qu'ils ont du mal avec le concept d'irrévocabilité d'une punition : "J'ai arrêté de parler donc j'ai plus à faire le devoir !". Ils pensent pouvoir simplement racheter leur faute et tentent donc de négocier sans cesse leur sanction comme on négocierait le prix d'une vieille table dans une brocante. Cela bien sûr, en pleine heure de cours censée être consacrée aux apprentissages...

Un peu d'humour !

Un peu d'humour !

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Une année en REP+ : Au creux de la vague

Publié le par Loumánková

Vendredi, alors qu'une de mes classes travaillait en autonomie sur la ville de Sienne au Moyen Age, j'aperçois une élève arracher une feuille de son cahier et y écrire avec hargne. Surprise, je m'approche et voyant qu'il ne s'agit pas là d'Histoire, je lui demande de me remettre le document. Elle s'empresse de le déchirer. Ça me met la puce à l'oreille : elle n'a pas envie que j'en découvre le contenu.

A la fin de l'heure, je rejoins la salle des professeurs avec le papier et décide d'y jeter un œil. Je découvre série de phrases rédigées en italien. Par chance, un collègue est à même de me les traduire. "Oh ! Ça ne va pas te plaire ! Quelle horreur ! Elle y va fort !"

En effet, l'ensemble de la feuille est couvert d'insultes ainsi que de menaces à mon égard. Sur le coup, je ne le prends pas mal et encore moins personnellement. C'est moi en tant que professeur et non en tant que personne qu'elle attaque et elle reste une adolescente certainement mal dans sa peau. Elle aura tout de même un rapport disciplinaire avec photocopie de la feuille à l'appui.

Le mardi suivant, le même scénario se déroule à nouveau avec elle. Mais cette fois, je décide de lui ramasser également son cahier. En rentrant chez moi, je m'attèle à la traduction des nombreuses invectives italiennes qui couvrent les marges du cahier. Avec effroi, je réalise que cette élève cultive envers moi une véritable haine. Ses propos sont d'une violence extrême.

Les mains tremblantes et le ventre noué, je rédige un nouveau rapport que j'apporte sur le champ à la CPE. Cette dernière, choquée, prévient immédiatement le principal adjoint. Le soir même la mère est convoquée au collège avec sa fille et la sanction tombe : je ne la verrai pas les 2 prochaines semaines. La raison de sa haine ? Un premier rapport que j'avais rédigé il y a deux mois de cela, où je soulignais son insolence et la grossièreté de son vocabulaire.

En rentrant chez moi, après cette longue journée, je suis pâle comme un linge. Je ne peux m'empêcher de penser à autre chose. Toutes les insultes et les menaces tournent en boucle. Je relis l'ancien rapport : étais-je trop sévère ? ai-je mal réagi ? aurais-je dû lui expliquer plus en détails le contenu ?

Je tente de me changer les idées par la lecture, la musique, la détente d'un bain chaud mais rien n'y fait. Je ne digère pas.

Fresque de la ville de Sienne (1338)

Fresque de la ville de Sienne (1338)

Le lendemain, après une très mauvaise nuit, je retourne au collège sans grande motivation. La fin de l'année approche et les élèves deviennent difficiles à gérer.

J'allais refermer la porte de la salle de classe lorsqu'un dernier élève se pointe. En le voyant, quelque chose semble clocher. Puis je réalise qu'il n'a pas de pantalon ! Uniquement un long sweat à capuche qui recouvre le haut de ses jambes. Au moment où j'allais le renvoyer à la vie scolaire, il descend son mini short qu'il avait remonté au maximum. De la pure provocation...

Mais le pire est à venir.

Alors que la classe effectuait un travail de rédaction, je l'aperçois en train de se caresser le short au niveau de ses parties intimes jusqu'à voir dépasser un bout de son sexe ! Choquée, je détourne le regard et préfère ne rien dire afin que les élèves de la classe ne se retournent pas vers lui. Mon estomac en est tout retourné et la fin de l'heure est difficile à assumer.

En 24 heures, j'ai eu à rédiger deux rapports disciplinaires suite à des faits choquants et bouleversants. Une situation bien résumée par une collègue : "ma pauvre, tu cumules !"

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Une année en REP+ : Moi, jeune citoyen

Publié le par Loumánková

La semaine dernière, une exposition "Moi, jeune citoyen" a été mise en place au collège. Sous la direction du délégué du procureur et de la coordinatrice REP+, une de mes classes de sixième a pu en profiter. Par petits groupes, ils devaient sélectionner chacun une question parmi trois thèmes : la citoyenneté dans la rue, à la maison ou au collège. Puis, en cercle, nous discutions et débattions des attitudes à adopter et des solutions à apporter à telle ou telle situation.

Autant dire que certaines réactions de la part de ces jeunes enfants de 11 ou 12 ans m'ont surprises. En voici quelques unes :

- Frapper un enfant est une question d'éducation : si les parents ont été frappés en étant petits, il est normal qu'ils fassent pareil avec leurs enfants. Pas de quoi s'inquiéter. "Moi, ma mère, elle me frappe avec une ceinture mais c'est normal."

- Les parents n'étant pas Français n'ont pas à appliquer les lois françaises. "Mon père de toute manière, il connaît pas les lois ici donc il fait ce qu'il veut."

- Mes élèves étaient d'accord à l'unanimité pour dire qu'il faut se venger : si on nous fait quelque chose, on lui rend la pareille. Le plus naturellement du monde. En parler à quelqu'un ? Quelle drôle d'idée ! Se confier à la police ? Certainement pas !

- L'école est-elle obligatoire ? Tout le monde est au point : "on doit y rester jusqu'à 16 ans et après on quitte l'école pour se chercher un job."

- Plus drôle cette fois, à propos d'une question sur le vol et les risques encourus, un élève s'inquiète : "mais alors, ça veut dire qu'on n'a pas le droit de voler des 4 couleurs ?"

Mais concrètement, le problème de fond est le suivant : mes élèves, dans la grande majorité, considèrent que tant qu'ils ne sont pas pris sur le fait, ils ont le droit de faire ce qu'ils veulent. Exemple :

- "Avez-vous le droit de frapper quelqu'un dans la rue pour vous venger ?

- Non !

- Mais est-ce que vous le feriez ?

- Bah oui !

- Donc vous savez que vous n'avez pas le droit, mais vous êtes prêts à le faire.

- Oui."

Photographie de Robert Doiseau

Photographie de Robert Doiseau

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Une année en REP+ : humiliation

Publié le par Loumánková

Suite à sa commission éducative et à son exclusion d'une semaine, un de mes élèves est retourné en cours aujourd'hui. Sous ce beau et doux soleil de printemps, je le vois arriver avec capuche et bonnet.

Entré en classe, il refuse de les retirer. Je suis obligée de lui rappeler le règlement et de le menacer de sanction. Il finit par obtempérer et je découvre alors son crâne entièrement rasé.

Mais il ne s'agit pas là d'une nouvelle coupe de cheveux pour les beaux jours. C'est une punition. Ses parents lui ont rasé le crâne afin de l'humilier suite à sa commission éducative.

Il a humilié la famille, il doit être humilié à son tour.

Haut-le-cœur. Pauvre enfant.

Je n'ai pas pu m'empêcher de penser à la période des tontes qui ont suivi la Libération...

Je n'ai pas pu m'empêcher de penser à la période des tontes qui ont suivi la Libération...

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Une année en REP+ : on a mal dans nos cœurs

Publié le par Loumánková

Cette semaine, nous avions deux commissions éducatives en classe de cinquième auxquelles les professeurs étaient conviés.

Celle d'hier m'a particulièrement marquée. Elle concernait un élève devenu totalement ingérable. A chaque heure de cours, il chante, danse, se lève, s'accroche aux patères ou décide sans raison de quitter la salle. Il parle sans arrêt, commente tout ce qui se passe mais au-delà de ça, il est capable de frapper un camarade sans prévenir et de parler méchamment aux professeurs.

Nous avons attendu une demi-heure avant que le garçon, grand, fin et l'air paumé accompagné de sa mère en tenue traditionnelle et savates aux pieds, arrivent pour la commission. On me prévient : les parents ne parlent presque pas français, ne savent ni lire ni écrire et ont 13 enfants à la maison.

Le premier quart-d'heure de cette réunion me semble interminable. La mère ne s'arrête pas de parler malgré nos tentatives d'interruption pour lui expliquer la situation de son fils. Je ne comprends quasiment pas ses paroles et je dois faire un effort intense de concentration pour réussir à suivre un minimum le sujet du monologue.

Finalement l'adjoint réussit à lui exposer les faits :

- "Je vais parler lentement pour que vous me compreniez bien.

- Oui, merci Monsieur.

- Alors voilà, nous sommes ici ce soir car nous ne savons plus comment gérer votre fils, Madame. Il a déjà été exclu d'un autre établissement et depuis qu'il est ici, regardez la pile de rapports disciplinaires ! Et il n'est qu'en cinquième ! C'est lui qui a le plus gros dossier !

- Je ressens la honte moi ! Mais lui, mon fils il a pas honte. Il vient ici pour faire le bordel alors qu'à la maison il est sage. Je ne comprends pas.

- Nous non plus, nous ne le comprenons pas. Il va falloir faire quelque chose car il n'est pas adapté au collège. Il est incapable de suivre un cours."

A ce moment-là, le père nous rejoint. L'adjoint reprend :

- "Nous disions à votre femme qu'une solution doit être trouvée pour votre fils. Nous avons pensé à un institut spécialisé pour les enfants qui ont des problèmes de comportements. Ils ne sont que 4 par classe. Est-ce que vous seriez d'accord ?

- Vous savez, nous avons mal dans nos cœurs. J'ai la tête grosse comme ça tellement j'ai honte... Je ne sais pas quoi faire de lui... On va finir par le renvoyer en Afrique. Il ne se rend pas compte de sa chance.

Nous, nous sommes partis à pied de notre village. Au Mali. Nous avons traversé le désert. Nous sommes passés par l'Algérie, le Maroc. Et puis nous avons pris un petit bateau pour traverser la Méditerranée. Ça a coûté très cher et on a risqué nos vies ! Les bateaux, celui avant nous et celui après nous, ont coulé. On aurait pu couler aussi. Et puis on a réussi. J'avais un oncle en France qui s'est occupé de nos papiers et pour moi c'est le paradis ici.

Lui il a la chance d'aller à l'école française et il ne se rend pas compte ! Il est au paradis ici ! Et je me lève tous les jours à 4 heures du matin et je rentre tous les jours à 20 heures pour rapporter de quoi manger et pouvoir acheter tout ce qu'ils veulent. Ils ont la télévision, portables et même une PS4 qui m'a couté 360 euros ! Et lui ! Il vient en classe pour faire le bordel ! Nous avons mal dans nos cœurs. Alors si vous avez une solution pour qu'il réussisse, nous on est d'accord. Je veux que mon fils il arrive à faire des études pour pas faire comme moi !

Et s'il fait toujours le bordel, on va le renvoyer en Afrique. Là-bas y'a pas d'école dans le village. Il faudra travailler dur tous les jours !

- Bien, alors je vais m'occuper des papiers pour faire la demande auprès de l'institut et je vais vous aider à les remplir.

- Merci beaucoup Monsieur. Merci à tous les professeurs et excusez-nous pour notre fils."

Cimetière de barques utilisées par les immigrants clandestins. REUTERS/Tony Gentile

Cimetière de barques utilisées par les immigrants clandestins. REUTERS/Tony Gentile

Les commissions éducatives sont des réunions composées du chef d'établissement ou de l'adjoint, d'un CPE, du professeur principal et de quelques collègues ainsi que de l'élève perturbateur et de ses parents.

L'objectif est de tirer la sonnette d'alarme quant au comportement de l'enfant au collège et dans le meilleur des cas d'éviter le conseil de discipline. Elle est la plupart du temps suivie d'une sanction telle que l'exclusion d'une semaine afin de faire respirer la classe et de montrer la gravité de la situation à l'élève concerné.

La solution envisagée pour cet élève est l'ITEP, l'Institut Thérapeutique Educatif & Pédagogique : « Les instituts thérapeutiques, éducatifs et pédagogiques accueillent les enfants, adolescents ou jeunes adultes qui présentent des difficultés psychologiques dont l'expression, notamment l'intensité des troubles du comportement, perturbe gravement la socialisation et l'accès aux apprentissages.»

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