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Une année en REP+ : Charivari

Publié le par Loumánková

Suite au courrier que nous avions adressé la semaine dernière à la direction en dressant la liste des aberrations constatées dans l'établissement et les solutions que nous souhaitions voir mises en œuvre dès cette semaine, nous avons eu un retour quelque peu amer. 

L'ensemble des professeurs a reçu dans son casier un courrier de retour de la part de la Principale, parsemé de fautes d'orthographe et de syntaxe. Une lettre écrite à la va-vite, car elle n'a tout de même pas que ça à faire. La forme, tout comme le contenu, sont éloquents.

Elle se moque de nous.

Elle commence en se disant "satisfaite" de nos inquiétudes. Elle ne cite jamais les faits graves dont il a été question ces dernières semaines et se contente d'évoquer des "bruits de fond", "bavardages" et "plaisanteries déplacées" ! Elle nous accuse d'exclure de classe pour un rien, de ne pas faire respecter le règlement intérieur dans nos salles et se pose en victime pour des choses dont nous ne l'accusions même pas.

Elle est même allée jusqu'à nous "rappeler" que nous enseignons en REP+ et qu'il nous faut assumer (c'est vrai que nous avons choisi d'être ici). Nos élèves sont avant tout des victimes et ont un sentiment de dévalorisation.

Elle remercie chaleureusement la Vie Scolaire pour ses interventions courageuses et efficaces. Mais pas un mot pour l'équipe enseignante et le travail que nous fournissons quotidiennement. Par dessus tout, elle nous accuse d'entretenir un "climat de défiance". Top.

Finalement, suite à une réunion avec une poignée de professeurs représentant notre colère galopante, elle a fini par comprendre malgré son agressivité non voilée que le point de rupture était proche et que nous allions fermer l'établissement sous peu. Elle a donc cédé sur quelques unes de nos réclamations.

Reste à espérer que cela soit suivi d'effets sur le long terme et que les élèves ne se permettent plus de s'exclamer avec assurance : "de toute manière, les rapports disciplinaires, ça ne sert à rien !"

Charivari : Bruit tumultueux de huées, de sifflets, de casseroles et d'autres objets, que l'on faisait jadis devant la maison de ceux dont on désapprouvait la conduite.

Charivari : Bruit tumultueux de huées, de sifflets, de casseroles et d'autres objets, que l'on faisait jadis devant la maison de ceux dont on désapprouvait la conduite.

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Une année en REP+ : Affliction...

Publié le par Loumánková

Alors que les relations avec la direction étaient de plus en plus tendues ces derniers jours, un nouveau fait grave a eu lieu au collège.

En plein cours, un élève a levé la main pour demander à sa professeure de venir l'aider pour un exercice. Elle s'approche et se rend compte au bout de quelques instants que l'élève en question venait de glisser son portable sous sa jupe, en mode vidéo.

Choquée, elle rédige un rapport, donne l'original à la direction et en met une copie en salle des professeurs afin que nous soyons tous informés de l'événement. Un conseil de discipline semble aller de soi.

Mais non. La Principale a menti à une autre collègue en disant avoir rencontré la prof concernée et inventant un changement de version des faits. Elle a donc clairement remis en question la parole de l'enseignante. D'autant plus qu'elle a eu l'audace de dire qu'aucune preuve n'a été trouvée sur le téléphone. Enfin, la prof principale de la classe a refusé que ce soit "son" élève qui paie les conflits actuels entre l'équipe enseignante et la direction.

Ce n'est qu'avec le soutien d'une vingtaine de professeurs et suite à de nombreux et houleux échanges avec la Principale que le conseil de discipline a été décidé. Ouf.

René Magritte, « L’ellipse », 1948

René Magritte, « L’ellipse », 1948

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Une année en REP+ : Sur le fil du rasoir

Publié le par Loumánková

C’est la crise au collège. Il s’est passé des choses graves ces derniers jours et nous nous sommes réunis d'urgence entre professeurs pour mettre en place des solutions rapides.

Ici, plus personne ne se sent en sécurité.

- Une gamine a tenté d’allumer un incendie devant le collège ;

- Deux élèves sont à l’hôpital suite à une violente bagarre (les pompiers ont dû intervenir) ;

- Un professeur a reçu des menaces de mort ;

- Un autre a été agressé ;

- Un élève a sorti un couteau en classe ;

- Un autre a trainé une élève par les cheveux sur plusieurs mètres dans les couloirs après l’avoir frappée au sol devant un collègue et moi-même qui avions dû en séparer deux qui s’étranglaient violemment deux minutes auparavant ;

- Les professeurs sont régulièrement tutoyés et insultés par les élèves ;

- Un gamin a montré son sexe en plein cours aux autres élèves (sans compter un des miens qui s’était masturbé sans gêne).

- Etc, etc.

Et quasiment aucun de ces faits n’a été sanctionné, ou en tout cas, pas assez sévèrement. Le couteau en classe ? « On s’en occupe, pas besoin de faire un rapport » ! L’incendie devant le collège ? « Ça s’est passé à l’extérieur ». Le gamin qui se masturbe ? « Le pauvre, il n’avait qu’un short à se mettre ». Et souvent, ce ne sont que des avertissements ou simplement des « informations à la famille » qui tombent.

La raison ? La Principale part à la retraite dans 1 an et chaque conseil de discipline, chaque élève exclu fait baisser sa prime. Tout ce laxisme est lié aux statistiques : il faut de bons chiffres à montrer au rectorat. Il faut faire bonne figure.

Alors nous, professeurs, on en a eu marre. Si dans une semaine rien ne change, si dans une semaine la Principale n'a pas contacté la Mairie pour réclamer des policiers à la sortie de l'établissement pour protéger nos élèves, si les sanctions appropriées ne sont pas prises, on devra agir. On renverra les élèves chez eux, on avertira les parents, le Maire, la presse, le rectorat, l’inspection académique et on refusera de faire cours tant que rien ne change.

Voilà où nous en sommes.

Source : www.beekoz.fr

Source : www.beekoz.fr

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Une année en REP+ : Homophobie

Publié le par Loumánková

Thème malheureusement redevenu d'actualité à travers la persécution des homosexuels en Tchétchénie, par l'humour nauséabond d'un présentateur télé ou encore par un chiffre accablant les signalements pour insultes ou violences homophobes ont bondi de 20% en 2016 , l'homophobie est bien loin de s'éteindre dans nos sociétés.

J'ai également pu le constater parmi mes élèves, embrigadés par les propos qu'ils entendent à la maison et par une religion (quelle qu'elle soit) qui justifie tout et surtout la haine de la différence. C'est ainsi que lors d'un cours d'enseignement moral et civique sur l'identité et l'égalité, au moment d'aborder les discriminations, l'homosexualité a pointé le bout de son nez. Je ne m'attendais pas à une telle réaction !

Ils se sont mis à hurler, à lever les poings, à faire des grimaces de dégoût. L'un d'entre eux a fait mine de cracher par terre, un autre s'est levé et s'est mis à trépigner brutalement. Au bout de quelques minutes, je parviens à les calmer afin d'entamer une discussion que j'aurais souhaitée constructive. 

Mission impossible. L'homosexualité est taboue.

- "Ils sont malades, ils ont un problème dans leur cerveau."

- "Ils ne sont pas comme nous, ils ne sont pas normaux."

- "Ils sont dégénérés."

- "C'est contre-nature."

- "C'est dégoûtant."

- "Beurk."

Leur justification à toute cette haine ? La religion. La classe a carrément applaudit cet élève qui s'est exclamé :

- "De toute façon, si Dieu a créé un homme et une femme, ce n'est pas par hasard. Les homosexuels n'ont pas à exister, c'est tout."

Point final.

Scandale : lors de la cérénomie de l'hommage, vassal et suzerain échangent un baiser !

Scandale : lors de la cérénomie de l'hommage, vassal et suzerain échangent un baiser !

Dans le même style mais à propos de l'inégalité homme/femme, j'ai également dû leur expliquer, certainement en vain, que le mari n'a pas le droit de violer sa femme... 

"J'ai compris que l'épouse n'est pas l'esclave du mari mais une compagne et une collaboratrice appelée à partager ses joies et ses peines tout en restant aussi libre que lui pour choisir sa propre voie. "

Gandhi

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Une année en REP+ : Panser son âme

Publié le par Loumánková

Je ne m'attendais pas, pour ma première année dans l'enseignement, à être confrontée à tant d'épreuves. J'ai souvent l'impression de travailler dans l'humanitaire plus que dans un collège. Je fais face à une misère sociale sans nom, à une violence que je ne pouvais imaginer ainsi qu'à des agressions quotidiennes de toutes sortes.

Je n'y étais pas préparée : l'Education nationale m'a jetée dans une mer en pleine tempête alors que je savais à peine nager.

Ainsi chacune de ces épreuves est une claque qui gifle mon âme. Un petit bout de bonheur qui se décolle de mon cœur. Un poids supplémentaire au fardeau de l'enseignement que je porte sur mes épaules. En regardant mon visage, j'ai le portrait de Dorian Gray qui me revient de temps à autre à l'esprit. La Rep+ décrépit-elle mon être ? Suis-je encore la même personne qu'à la rentrée ? Vais-je réussir à me sauvegarder, à rester intègre avec moi-même ?

En apprenant le viol de l'une de mes élèves de sixième la semaine dernière, je me suis sentie abattue. A l'intérieur de moi, je bouillonnais de rage et je pleurais d'injustice pour cette petite fille. Mais il m'était alors impossible d'extérioriser des sentiments si puissants que je n'avais encore jamais appréhendés à un tel degré. J'en étais tout raide, toute crispée. Crier ou pleurer ? Comment mettre des mots sur une telle horreur ? Comment exprimer ce que je ressentais ? Ma poitrine et mon ventre en sont devenus entièrement bloqués. J'avais mal à mon âme et mon corps m'envoyait des signaux d'alerte.

Alors que faire ? Comment panser mon âme meurtrie ?

Le bouclier que je me suis construit est fait d'art, de littérature et de musique. Le beau. Il me fallait du beau face à toute cette misère. De la douceur face à cette violence innommable. J'ai finalement réussi à exprimer ma tristesse en écoutant le Requiem de Mozart, à me détendre en sentant les cordes de ma guitare vibrer jusqu'au plus profond de mon ventre, à m'apaiser en découvrant des oeuvres de Botticelli et de Michel Ange à Florence. Le soir, j'abreuve mon esprit de vers d'Apollinaire, d'Eluard ou de Rimbaud. Je l'emplis de beau et je le vide de ces mauvaises pensées qui me hantent.

Ce bouclier est fragile. Chaque épreuve tente de me l'arracher et l'abime. Mais il agit telle d'une bouée de sauvetage dans ces eaux déchaînées, qui, si elle ne m'empêche pas de boire la tasse, parvient à me maintenir à flots. Car je ne peux me permettre de sombrer : j'ai 135 élèves à qui faire cours et pour lesquels je tente d'être un phare dans leur obscurité.

La naissance de Vénus, de Botticelli

La naissance de Vénus, de Botticelli

Le bonheur en partant m'a dit qu'il reviendrait.

Jacques Prévert

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