Une année en REP+ : Au creux de la vague

Publié le par Loumánková

Vendredi, alors qu'une de mes classes travaillait en autonomie sur la ville de Sienne au Moyen Age, j'aperçois une élève arracher une feuille de son cahier et y écrire avec hargne. Surprise, je m'approche et voyant qu'il ne s'agit pas là d'Histoire, je lui demande de me remettre le document. Elle s'empresse de le déchirer. Ça me met la puce à l'oreille : elle n'a pas envie que j'en découvre le contenu.

A la fin de l'heure, je rejoins la salle des professeurs avec le papier et décide d'y jeter un œil. Je découvre série de phrases rédigées en italien. Par chance, un collègue est à même de me les traduire. "Oh ! Ça ne va pas te plaire ! Quelle horreur ! Elle y va fort !"

En effet, l'ensemble de la feuille est couvert d'insultes ainsi que de menaces à mon égard. Sur le coup, je ne le prends pas mal et encore moins personnellement. C'est moi en tant que professeur et non en tant que personne qu'elle attaque et elle reste une adolescente certainement mal dans sa peau. Elle aura tout de même un rapport disciplinaire avec photocopie de la feuille à l'appui.

Le mardi suivant, le même scénario se déroule à nouveau avec elle. Mais cette fois, je décide de lui ramasser également son cahier. En rentrant chez moi, je m'attèle à la traduction des nombreuses invectives italiennes qui couvrent les marges du cahier. Avec effroi, je réalise que cette élève cultive envers moi une véritable haine. Ses propos sont d'une violence extrême.

Les mains tremblantes et le ventre noué, je rédige un nouveau rapport que j'apporte sur le champ à la CPE. Cette dernière, choquée, prévient immédiatement le principal adjoint. Le soir même la mère est convoquée au collège avec sa fille et la sanction tombe : je ne la verrai pas les 2 prochaines semaines. La raison de sa haine ? Un premier rapport que j'avais rédigé il y a deux mois de cela, où je soulignais son insolence et la grossièreté de son vocabulaire.

En rentrant chez moi, après cette longue journée, je suis pâle comme un linge. Je ne peux m'empêcher de penser à autre chose. Toutes les insultes et les menaces tournent en boucle. Je relis l'ancien rapport : étais-je trop sévère ? ai-je mal réagi ? aurais-je dû lui expliquer plus en détails le contenu ?

Je tente de me changer les idées par la lecture, la musique, la détente d'un bain chaud mais rien n'y fait. Je ne digère pas.

Fresque de la ville de Sienne (1338)

Fresque de la ville de Sienne (1338)

Le lendemain, après une très mauvaise nuit, je retourne au collège sans grande motivation. La fin de l'année approche et les élèves deviennent difficiles à gérer.

J'allais refermer la porte de la salle de classe lorsqu'un dernier élève se pointe. En le voyant, quelque chose semble clocher. Puis je réalise qu'il n'a pas de pantalon ! Uniquement un long sweat à capuche qui recouvre le haut de ses jambes. Au moment où j'allais le renvoyer à la vie scolaire, il descend son mini short qu'il avait remonté au maximum. De la pure provocation...

Mais le pire est à venir.

Alors que la classe effectuait un travail de rédaction, je l'aperçois en train de se caresser le short au niveau de ses parties intimes jusqu'à voir dépasser un bout de son sexe ! Choquée, je détourne le regard et préfère ne rien dire afin que les élèves de la classe ne se retournent pas vers lui. Mon estomac en est tout retourné et la fin de l'heure est difficile à assumer.

En 24 heures, j'ai eu à rédiger deux rapports disciplinaires suite à des faits choquants et bouleversants. Une situation bien résumée par une collègue : "ma pauvre, tu cumules !"

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article