Une année en REP+ : zizanie

Publié le par Loumánková

J'ai enfin trouvé le terme exact pour définir l'ambiance qui règne dans le collège mais cette fois non pas chez les professeurs ("apoplexie" semble parfaitement adéquat) mais au sein des collégiens. 

C'est la zizanie.

Du grec dzidzanion qui signifie "mauvaise herbe" : désunion, mésintelligence qu'on fait naître dans un groupe. Je ne compte plus le nombre de fois où j'ai cru halluciner en observant nos élèves à l'œuvre.

Premièrement, ils sont la plupart profondément racistes. On pourrait penser qu'un tel méli-mélo culturel ouvrirait leur esprit au respect d'autrui, des traditions, des religions, des ethnies. Mais non.

Déjà, ils ont horreur des Juifs. A les entendre, ces derniers sont la cause de tous leurs problèmes. Puis les Pakistanais sont leur bouc émissaire préféré et les Chinois nous envahissent pour nous tuer. Ensuite, ils ne cessent de faire leur victime devant un professeur à la peau blanche en criant au racisme à la moindre punition. Mais par dessus tout, ils ont horreur des Congolais. Lors d'une de mes heures de cours, une violente bagarre entre trois élèves a éclaté au motif qu'un garçon avait traité sa voisine de "Congolaise".

Ils sont également adeptes des théories du complot. Ils croient absolument tout ce qu'ils lisent sur le net... et ne cessent de me contredire. Mais ils n'ont pas d'argument à me proposer. C'est faux, un point c'est tout. Ils ont le terme de "complot sioniste" à la bouche sans même savoir ce que ça signifie mais l'essentiel c'est de s'opposer au "système" que nous, professeurs, représentons en tant que fonctionnaires. L'Etat, c'est le mal. Fin de la discussion.

Toutefois, ce qui m'inquiète le plus, c'est leur comportement et leur conditionnement qui parfois relèvent même de la psychiatrie. Souvent on en rit en salle des profs pour décompresser mais au fond, c'est bien triste. Voici quelques exemples collectés au cours de la seule journée d'hier :

- Une élève de 3e se roule par terre en plein cours et demande à ce qu'on la frappe.

- Un garçon de 5e se met à lécher le sol pour tester si la tâche bleue est de l'encre ou du bonbon.

- Un autre élève demande à une prof en plein cours si elle a une bouteille vide car il a envie de faire pipi.

- Ce même élève m'apprend qu'il a le menton qui colle encore un peu car le matin même il avait tenté de se raser avec de la cire pour chaussure marron. "A la base c'était brun mais sur ma peau c'est devenu gris."

- Une élève soupire "fais chier celle-là" à mon égard. Un autre me toise et lance : "Tu mens ! Tu mens !" Un troisième me hurle : "Rends-moi ça, vas-y arrête, tais-toi ! Putain !".

- En plein cours un élève se lève et commence à se déshabiller en chantant.

- Ce même élève s'accroche aux patères de la salle de musique et y reste pendant toute l'heure.

- La meilleure élève de la classe me demande très sérieusement combien de jours il y a dans une journée.

- Lorsque je demande la signification de "charogne" apparaissant dans un texte du Moyen Age, la classe entière me répond que c'est le surnom qu'on donne aux filles.

Et puis dans les couloirs ça hurle, ça se tape, ça s'insulte. Il faudrait calculer le nombre de décibels auxquels nous sommes exposés quotidiennement et filmer ce spectacle si désolant que nous offrent ces collégiens en souffrance.

Lorsque je me rappelle que les élèves d'aujourd'hui sont les adultes de demain, je m'interroge et m'inquiète.

Source : site des musées de la région Centre

Source : site des musées de la région Centre

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