Une année en REP+ : Moi, jeune citoyen

Publié le par Loumánková

La semaine dernière, une exposition "Moi, jeune citoyen" a été mise en place au collège. Sous la direction du délégué du procureur et de la coordinatrice REP+, une de mes classes de sixième a pu en profiter. Par petits groupes, ils devaient sélectionner chacun une question parmi trois thèmes : la citoyenneté dans la rue, à la maison ou au collège. Puis, en cercle, nous discutions et débattions des attitudes à adopter et des solutions à apporter à telle ou telle situation.

Autant dire que certaines réactions de la part de ces jeunes enfants de 11 ou 12 ans m'ont surprises. En voici quelques unes :

- Frapper un enfant est une question d'éducation : si les parents ont été frappés en étant petits, il est normal qu'ils fassent pareil avec leurs enfants. Pas de quoi s'inquiéter. "Moi, ma mère, elle me frappe avec une ceinture mais c'est normal."

- Les parents n'étant pas Français n'ont pas à appliquer les lois françaises. "Mon père de toute manière, il connaît pas les lois ici donc il fait ce qu'il veut."

- Mes élèves étaient d'accord à l'unanimité pour dire qu'il faut se venger : si on nous fait quelque chose, on lui rend la pareille. Le plus naturellement du monde. En parler à quelqu'un ? Quelle drôle d'idée ! Se confier à la police ? Certainement pas !

- L'école est-elle obligatoire ? Tout le monde est au point : "on doit y rester jusqu'à 16 ans et après on quitte l'école pour se chercher un job."

- Plus drôle cette fois, à propos d'une question sur le vol et les risques encourus, un élève s'inquiète : "mais alors, ça veut dire qu'on n'a pas le droit de voler des 4 couleurs ?"

Mais concrètement, le problème de fond est le suivant : mes élèves, dans la grande majorité, considèrent que tant qu'ils ne sont pas pris sur le fait, ils ont le droit de faire ce qu'ils veulent. Exemple :

- "Avez-vous le droit de frapper quelqu'un dans la rue pour vous venger ?

- Non !

- Mais est-ce que vous le feriez ?

- Bah oui !

- Donc vous savez que vous n'avez pas le droit, mais vous êtes prêts à le faire.

- Oui."

Photographie de Robert Doiseau

Photographie de Robert Doiseau

Commenter cet article