Une année en REP+ : fin de trimestre

Publié le par Loumánková

Un trimestre s'est écoulé depuis la rentrée. Trois mois dans ce collège, dans cette poudrière, dans ce ring d'agressivité. 

Ces dernières semaines, j'ai eu l'impression de m'être enfin habituée à ce cadre difficile ou en tout cas de m'y être résignée. Je ne pleurais plus en rentrant chez moi le soir, je recommençais à dormir plutôt convenablement et je me levais sans boule au ventre. "Finalement, je m'en sors. Je vais réussir à la faire cette année !", me surprenais-je à penser tout bas.

Mais la semaine dernière, alors que la famille de mon époux nous avait rejoints pour le week-end, je me mis à décrire nos conditions de travail, ce que l'on vit et affronte quotidiennement, notre lutte. Je parlai, parlai, parlai. Et quand enfin j'en eus terminé, je réalisai à quel point j'étais mal. J'avais froid, je tremblais de tout mon corps, je claquais des dents. J'étais à deux doigts d'éclater en sanglots.

Une conclusion s'imposait : je ne me suis pas habituée. J'ai simplement refoulé et intériorisé. Pis encore, l'agressivité palpable de cet environnement malsain a déteint sur moi. Je l'utilise désormais comme une arme pour me défendre. Je suis autant sur ma défensive que mes élèves, je réagis au quart de tour, je me refuse toute pitié. M'énerver est devenu mon quotidien.

La REP+ consumerait-elle toute part d'humanité en moi ? Quelle est donc cette carapace froide et dure qui tente d'enrober mon cœur ?

Photograhie de Robert Doisneau

Photograhie de Robert Doisneau

En même temps, mon mal-être transpire. Comment ai-je pu imaginer m'être adaptée à de telles horreurs ? J'ai des migraines récurrentes, j'enchaîne les petits bobos, mon visage est d'une pâleur inédite...

A la nouvelle prof venue remplacer un collègue démissionnaire et qui se demandait si on finissait par s'y faire, j'ai à présent envie de répondre : "on ne s'habitue pas, on survit."

L'agressivité sert souvent à masquer ce qui a été réellement blessé, ce qui a été profondément touché et qui reste trop douloureux pour être reconnu de suite.

Jacques Salomé

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