Une année en REP+ : conseils de classe

Publié le par Loumánková

La semaine des conseils de classe du premier trimestre est enfin terminée. Mais ce n'étaient pas les classiques réunions auxquelles j'assistais en tant qu'élève ou stagiaire.

Premier constat en arrivant dans la salle : jamais de parents. En général, lors des conseils de classe, il y en a au moins un pour représenter les parents d'élève et nous faire part de remarques ou constats concernant les devoirs ou le poids du cartable.

Deuxième constat : les conseils durent longtemps. Très longtemps. J'ai même cru que certaines réunions ne se termineraient jamais alors que les classes sont plus réduites que dans des collèges "normaux".

Et puis j'ai découvert la quantité de sanctions et mises en garde disponibles : une vingtaine de combinaisons au moins ! La "mise en garde bavardage" est la plus simple et la répandue. Mais nous avons aussi la possibilité de mettre des "mises en garde bavardages, attitude, retard, travail". Bref, un large panel incitant aux débats sans fin.

Les conseils sont aussi l'occasion d'apprendre des choses qu'on ne soupçonnait pas forcément chez certains élèves ou de connaître enfin la raison de tel ou tel constat. Ainsi, j'ai appris qu'un de mes élèves de sixième vit dans des conditions d'hygiène désastreuses : huit dans un petit appartement avec pas le moindre meuble mais quantité de puces, cafards et tiques. Une autre est incontinente mais sa mère ne s'en occupe pas et ne lave jamais ses habits, même en cas de fuite. D'autres encore risquent de retourner en Afrique si leur comportement en classe n'est pas à la hauteur des exigences familiales, etc.

Photographie de Robert Doisneau

Photographie de Robert Doisneau

Enfin, les lendemains de conseils, j'ai aussi des retours bien différents de l'an dernier de la part des élèves. Un élève perturbateur s'est montré exemplaire en classe. A la fin de l'heure, je suis allée le voir pour le féliciter. Il m'a répondu, renfrogné : "Maintenant je vais tout le temps être comme ça parce que je me suis fait punir par mon père." En me chuchotant cela, j'ai pu l'observer imiter un geste de punition corporelle de sa main droite. En transmettant l'information à son professeur principal, ce dernier ne parut pas surpris : "Son père est le plus gros dealeur du quartier. Ça ne rigole pas à la maison !"

Un autre élève, mécontent des résultats du conseil ("vous m'avez trop allumé !"), m'a carrément menacée à plusieurs reprises : "Vous ne serez plus là la semaine prochaine, il va vous arriver quelque chose de grave." Des remarques que je n'aurais pas prises autant au sérieux si nous étions dans un contexte social moins explosif...

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