Une année en REP+ : beaux discours

Publié le par Loumánková

L'an dernier, les inspecteurs et formateurs de l'ESPE (école supérieure du professorat et de l'enseignement) n'avaient cessé de nous répéter que si nous allions nous retrouver en REP ou REP+, pas de panique ! Dans ces établissements, l'entraide est au rendez-vous, il y a toujours de superbes ambiances, tout le monde se serre les coudes... Bref, tout va bien dans le meilleur des mondes si ce n'est que les élèves sont difficiles. Et n'oublions pas qu'une bonne gestion de classe passe par un cours bien monté ! Ce n'est pas la faute des élèves si ça nous explose à la figure.

Depuis la rentrée, autant dire que tous ces beaux discours me paraissent bien utopiques.

Voilà quelques temps maintenant que dès que je m'aventure en salle des professeurs - ce qui est rare à cause de mes changements de salles constants me laissant peu de temps de repos - j'ai le droit à une remarque : "Tiens, t'es la prof fantôme toi, on te voit jamais !" / "Tu bosses jamais toi en fait" / "Ah tu travailles de temps en temps ?" / "T'es sur plusieurs établissements ? C'est pour ça qu'on ne te voit jamais ?"

Que des phrases bienveillantes qui font chaud au cœur.

Les établissements REP+ bénéficient de beaucoup de moyens supplémentaires afin de résoudre les difficultés bien présentes et de réduire les inégalités. Mais je ne vois pas vraiment la couleur de ces moyens en question.

Photographie de Robert Doisneau

Photographie de Robert Doisneau

Prenons un seul exemple : lorsque je mets un élève en retenue, cela doit se faire obligatoirement sur une de mes heures de cours et non en permanence. Concrètement, lorsqu'un élève devient difficile à gérer au point d'être collé, je me le récupère dans une autre de mes classes pendant une heure.

Je me retrouve face à un couac. Aucun créneau ne correspond entre une de mes classes de 5e et mon emploi du temps. Impossible trouver un horaire pour coller un élève. Je vais de ce pas demander conseil à leur prof principal. "Ah ben tu n'as qu'à rester une heure de plus le soir pour surveiller tes collés. Gracieusement."

Mais surtout, il me tient à cœur de relater un autre épisode de ce charmant collège. Après le cours particulièrement difficile de vendredi dernier (Une année en REP+ : hurlements) après les deux rapports disciplinaires, après m'être fait traiter de raciste droit dans les yeux, je suis aller signaler le tout au principal adjoint ainsi qu'aux CPE. J'ai demandé de l'aide, comme on nous l'a tellement conseillé. J'ai demandé à ce que quelqu'un vienne me seconder dans cette classe, un assistant d'éducation par exemple.

"Bien, ce sera fait au moins pour les deux prochaines heures."

Hier, déjà bien stressée à l'idée de me retrouver à nouveau face à cette classe, j'ai attendu en vain la personne sensée m'aider. Je me suis retrouvée seule face à une classe remontée contre moi car j'avais osé en parler au principal adjoint et aux CPE. Face à une classe qui trouve dommage que je ne parte pas déjà du collège.

Personne n'est venu. Personne.

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