Une année en REP+ : pour la première fois

Publié le par Loumánková

Une semaine est passée. Une semaine avec 135 ado prépubères et mal dans leur peau. Cette semaine a été celle des premières fois.

Pour la première fois, j'ai dû courir toute la journée entre mes six salles différentes, sans trouver le temps de m'assoir rien qu'une petite minute. Chaque soir, je suis rentrée chez moi courbaturée telle une athlète qui termine son marathon, épuisée au point de ne plus pouvoir parler.

Pour la première fois, j'ai rencontré des collègues peu compréhensifs qui, plutôt que de m'aider dans mes navigations quotidiennes à travers l'établissement, ont préféré critiquer ma présence dans leur salle bien à eux. Parfois, j'ai même eu l'impression d'être une enseignante de seconde zone : "Madame, pourquoi on change tout le temps de salle avec vous ?" "Normalement, les salles d'histoire c'est en bas, pourquoi on est dans la salle d'anglais de Mme Untel ?". Courant chez le gardien pour demander des photocopies pour le lendemain (car en salle des profs, nous sommes limités à 20 copies à la fois), je me fais aimablement recevoir : "Impossible de vous les faire pour demain !

Et pour la première fois, je me suis retrouvée à ne pas apprécier mes classes. J'ai découvert face à moi des élèves qui n'avaient pas envie d'être là si ce n'est pour faire leur loi, des élèves que rien n'intéresse, des élèves au niveau plus bas que tout ce que j'aurais pu imaginer. Et tant d'agressivité ! dans leur manière de marcher, de parler, de me regarder. Mais ce qui m'a fait le plus de peine pendant cette première semaine, c'est de voir parmi eux, certaines perles qui ne demandent qu'à sortir de ce milieu hostile. Certains réussiront. Mais à quel prix !

Stress, appréhension, soulagement, colère, détente, découragement... Nous sommes vendredi et mon énergie a été définitivement noyée par un torrent d'émotions.

Photographie de Robert Doisneau

Photographie de Robert Doisneau

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